Les épisodes de forte chaleur qui se succèdent depuis le début de l’été 2026 mettent les élevages à rude épreuve. Lorsque les températures restent élevées pendant plusieurs jours, et parfois même durant la nuit, les animaux récupèrent plus difficilement. Les éleveurs doivent alors adapter leur organisation quotidienne afin de protéger leurs troupeaux et de maintenir les meilleures conditions possibles pour leur bien-être.
Une réalité vécue sur le terrain par les producteurs de la Laiterie de Verneuil, dont Denis Raguin, président de la coopérative et éleveur laitier à Charnizay, a témoigné dans le journal de 13 heures de TF1.
Quelques jours plus tard, La Nouvelle République est également revenue sur les conséquences de la canicule dans plusieurs élevages d’Indre-et-Loire. Ces deux témoignages permettent de mieux comprendre les difficultés rencontrées par les éleveurs, aussi bien pour préserver le bien-être de leurs animaux que pour assurer leur alimentation et maintenir la production laitière.
Les vaches laitières sont particulièrement sensibles aux températures élevées. Leur digestion, et notamment la rumination, produit naturellement beaucoup de chaleur. En revanche, elles disposent de peu de moyens physiologiques pour l’évacuer.
La température extérieure ne constitue d’ailleurs pas le seul facteur à prendre en compte. Le niveau d’humidité, l’exposition directe au soleil, l’absence de vent ou encore le manque de fraîcheur durant la nuit peuvent accentuer l’inconfort ressenti par les animaux.
Selon les références techniques de la filière, un stress thermique léger peut déjà apparaître autour de 22 à 25 °C, en fonction notamment du taux d’humidité. Lorsque les journées et les nuits chaudes se succèdent, l’organisme des vaches peine davantage à retrouver une température normale.
Lors du reportage diffusé le 15 juillet 2026 sur TF1, Denis Raguin expliquait ainsi avoir gardé ses vaches à l’intérieur du bâtiment plutôt que de les conduire au pâturage. Cette décision permettait de les préserver du soleil et de leur offrir un environnement plus adapté face aux températures annoncées.
Une organisation que doivent adopter de nombreux éleveurs pendant les périodes les plus chaudes, en tenant compte de la configuration de leurs bâtiments, des possibilités de ventilation et des zones d’ombre accessibles aux animaux.
Le stress thermique ne se traduit pas uniquement par un inconfort visible. Pour limiter la production de chaleur de son organisme, la vache réduit généralement son activité et son alimentation. Elle consacre également davantage d’énergie à la régulation de sa température.
Cette modification de son comportement et de son métabolisme peut entraîner une diminution de la production laitière, mais aussi avoir des conséquences sur la composition du lait, la reproduction et la santé générale de l’animal.
Denis Raguin estime que les fortes chaleurs ont provoqué une baisse de l’ordre de 10 à 15 % de la production de lait. Une diminution évoquée lors de son passage dans le JT de TF1 et également rapportée par La Nouvelle République dans son article consacré aux effets de la canicule sur les élevages d’Indre-et-Loire.
Cette baisse témoigne des répercussions directes des fortes températures sur les exploitations et, plus largement, sur l’ensemble de la filière laitière locale.
Les effets peuvent également se prolonger au-delà de la période caniculaire. Les fortes chaleurs sont notamment susceptibles de fragiliser les gestations, de perturber les mises bas ou d’affecter davantage les animaux déjà vulnérables.
Aux conséquences directes de la chaleur sur les animaux s’ajoutent celles de la sécheresse sur leur alimentation.
Dans certaines exploitations, l’herbe des prairies ne pousse plus suffisamment pour nourrir les troupeaux. Les éleveurs doivent alors distribuer des fourrages initialement conservés pour l’automne et l’hiver.
Dans son article, La Nouvelle République donne notamment la parole à Mathilde Joubert, éleveuse d’une soixantaine de vaches laitières biologiques au GAEC Le Chanvre, à Perrusson. Elle expliquait avoir déjà commencé à utiliser les réserves prévues pour les mois suivants.
Cette situation oblige les exploitations à anticiper les besoins des troupeaux alors que la saison estivale est encore loin d’être terminée. Lorsque les stocks sont mobilisés plus tôt que prévu, les conséquences peuvent être importantes : achats supplémentaires de fourrage, hausse des coûts de production et incertitudes concernant les ressources qui resteront disponibles pour nourrir les animaux durant l’hiver.
Ces difficultés liées à l’alimentation peuvent également varier d’une exploitation à l’autre, selon la disponibilité des prairies, les réserves constituées et l’intensité de la sécheresse sur chaque secteur.
Face aux épisodes de chaleur, les éleveurs adaptent leurs pratiques en fonction de la configuration de leur exploitation, de leurs bâtiments et des besoins de leurs animaux.
L’accès permanent à une eau propre et fraîche constitue une priorité. Les points d’abreuvement peuvent être multipliés afin que les animaux puissent boire facilement et sans attente. Les bâtiments sont également ouverts et ventilés au maximum pour favoriser la circulation de l’air.
Lorsque les installations le permettent, des ventilateurs, des brumisateurs ou des systèmes de douchage adaptés peuvent compléter la ventilation naturelle. Leur utilisation doit cependant être raisonnée, car une humidité excessive dans un bâtiment insuffisamment ventilé pourrait accentuer le stress thermique au lieu de le réduire.
Les arbres, les haies et les zones ombragées jouent également un rôle précieux dans les pâtures. Certains éleveurs permettent à leurs animaux de circuler librement entre les prairies et les bâtiments afin qu’ils puissent rejoindre l’espace le plus confortable selon le moment de la journée.
L’alimentation et les horaires de travail peuvent aussi être adaptés. Les repas sont notamment distribués aux heures les plus fraîches, tandis que les animaux font l’objet d’une surveillance renforcée afin de repérer rapidement les premiers signes de fatigue ou de déshydratation.
Toutes ces adaptations demandent une présence quotidienne accrue et une grande réactivité de la part des éleveurs.
Derrière chaque bouteille de lait se trouve le travail quotidien d’éleveuses et d’éleveurs attentifs à leurs animaux. Durant les périodes de canicule, cette présence devient encore plus essentielle.
Surveillance des troupeaux, contrôle des abreuvoirs, adaptation de l’alimentation, entretien des équipements de ventilation ou modification des horaires : les journées sont réorganisées autour du bien-être des animaux.
Ces épisodes rappellent aussi l’importance d’anticiper l’évolution des conditions climatiques. La conception des bâtiments, l’accès à l’eau, la plantation de haies, la création de zones d’ombre ou encore la gestion des réserves fourragères font désormais partie des réflexions menées à long terme dans de nombreuses exploitations.
Les solutions diffèrent d’une ferme à l’autre, mais l’objectif reste commun : accompagner au mieux les animaux et continuer à produire un lait local de qualité malgré des conditions parfois difficiles.
Pour découvrir d’autres témoignages d’éleveurs et mieux comprendre les conséquences de la canicule sur les exploitations d’Indre-et-Loire, retrouvez l’article de La Nouvelle République.